Alors que la situation sécuritaire en Haïti continue de se dégrader sous l’effet de la violence incontrôlée des gangs, de l’effondrement des institutions publiques et de la crise humanitaire grandissante, plusieurs voix de la communauté internationale, dont celle du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, s’élèvent pour réclamer un renforcement urgent de la mission de sécurité internationale déployée dans le pays. Lula plaide non seulement pour une augmentation des ressources de cette mission, actuellement dirigée par le Kenya, mais aussi pour sa transformation en une opération officielle de maintien de la paix des Nations unies.
Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Depuis plusieurs mois, des bandes armées rivales contrôlent plus de 80 % de la capitale, Port-au-Prince, imposant leur loi à des millions de citoyens pris en otage par la peur, les violences, les enlèvements, les massacres et la famine. Les institutions de l’État sont en ruine, et le vide du pouvoir laissé depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 reste sans solution durable.
Dans ce contexte d’instabilité profonde, la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMS), pilotée par le Kenya avec l’approbation du Conseil de sécurité de l’ONU, a été mise sur pied pour soutenir la Police nationale d’Haïti (PNH) et aider à rétablir l’ordre public.
Lors d’un récent sommet international, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a exprimé sa préoccupation face à l’inefficacité de l’approche actuelle. Il a souligné que la mission de soutien, bien qu’importante, est encore largement insuffisante au regard de la gravité de la situation.
« Haïti a besoin de plus qu’une mission symbolique. Il faut une véritable force d’intervention, structurée, dotée de moyens suffisants, encadrée par les Nations unies, avec un mandat clair pour protéger la population civile », a déclaré Lula.
Il appelle à ce que la mission actuelle, soutenue notamment par le Kenya, la Jamaïque, les Bahamas et d’autres pays, soit convertie en une opération officielle de maintien de la paix de l’ONU, une MINUSTAH 2.0, mais revue et corrigée pour éviter les erreurs du passé.
L’appel de Lula trouve un écho favorable auprès de plusieurs dirigeants du continent africain, des Caraïbes et même de certains partenaires européens. Ces derniers insistent sur le fait que la situation en Haïti dépasse les capacités d’une mission multinationale limitée et nécessite une intervention robuste, cohérente et coordonnée sous l’autorité des Nations unies.
Des pays comme la Barbade, le Ghana, le Rwanda et l’Afrique du Sud appuient également cette orientation. Le Canada, bien que prudent, dit suivre l’évolution de la situation avec attention.
L’ONU, de son côté, reste hésitante. Certains États membres du Conseil de sécurité sont réticents à autoriser une nouvelle mission de maintien de la paix dans un contexte aussi délicat, en raison des critiques encore vives liées à la précédente mission (la MINUSTAH), qui a été accusée d’avoir introduit le choléra en Haïti et de violations des droits humains.
Toutefois, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a affirmé qu’une action plus décisive est nécessaire pour éviter un effondrement total du pays. Il a appelé les États membres à ne pas détourner les yeux de la tragédie haïtienne.
Sur le terrain, la population haïtienne est au bord de l’asphyxie. Les couloirs humanitaires sont bloqués, les écoles fermées, les hôpitaux paralysés. Plus de 580 000 personnes sont déplacées internes, et des milliers de familles vivent dans des conditions infrahumaines, fuyant les violences des gangs. L’économie nationale est à l’arrêt, et l’aide internationale reste difficile à acheminer.
Dans ces conditions, l’inaction ou l’attentisme de la communauté internationale pourrait coûter encore plus cher. C’est ce que rappelle Lula et plusieurs autres dirigeants : le temps n’est plus aux discours, mais à l’action concertée.
L’appel lancé par le président Lula pour transformer la mission de sécurité dirigée par le Kenya en une véritable opération de maintien de la paix des Nations unies marque un tournant important dans la recherche d’une solution durable à la crise haïtienne. Si la communauté internationale veut éviter un désastre humanitaire total et permettre au peuple haïtien de retrouver l’espoir, elle devra agir avec fermeté, cohérence et responsabilité. Le sort d’un pays tout entier en dépend.