Le ciel de Delmas s’est assombri le vendredi 7 mars 2025, alors que d’épaisses volutes de fumée s’élevaient au-dessus de plusieurs quartiers. Dès le lendemain, des rumeurs persistantes évoquaient une opération militaire d’envergure. Lors d’une émission diffusée sur Radio Magik 9, Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), a confirmé que les forces de l’ordre avaient utilisé des drones explosifs lors d’attaques ciblées contre des gangs.
Selon lui, des frappes ont été menées à Delmas 6, Wharf Jérémie et Bel-Air, causant la mort d’au moins 20 personnes et blessant plus de 30 autres, dont 16 dans une zone contrôlée par le chef de gang Jimmy Chérizier, alias Barbecue. « Nous ne savons pas encore si des civils figurent parmi les victimes », a-t-il déclaré, mettant en garde contre l’absence de contrôle sur cette nouvelle méthode de répression.
Cette tactique, bien que nouvelle pour le grand public, aurait déjà été employée plus tôt dans le mois, les 1er et 2 mars, à Delmas 6 et au Village de Dieu, selon Espérance.
Si la Police nationale haïtienne (PNH) n’a pas officiellement confirmé l’usage de drones armés, elle a cependant annoncé, via un communiqué du 1er mars, la conduite d’opérations dans ces secteurs. « Nos unités spécialisées ont lancé une offensive contre les gangs afin de restaurer l’ordre », précise le document. Il est également fait mention de plusieurs criminels neutralisés et du déploiement d’équipes pour sécuriser la population.
Malgré ces succès revendiqués, ces frappes suscitent de vives inquiétudes. Pierre Espérance estime que si la stratégie commence à donner des résultats, elle ne doit pas se faire sans une coordination stricte entre la Primature, le Conseil présidentiel de transition (CPT), la PNH, les Forces armées d’Haïti (FAD’H) et les partenaires internationaux.
« Il est impératif que ces opérations restent sous contrôle strict des institutions sécuritaires et ne deviennent pas un outil politique », a-t-il averti, mettant en garde contre tout risque de dérive.
L’affaire intervient dans un contexte de tensions croissantes au sein de l’appareil d’État. Des divergences émergent sur la gestion de la sécurité, certains responsables estimant que le directeur général de la PNH, Rameau Normil, devrait être remplacé en raison de sa gestion centralisée jugée inefficace. D’autres, au contraire, considèrent qu’il n’est pas le véritable problème et que l’instabilité vient plutôt d’un manque de cohésion entre les autorités.
Pierre Espérance appelle à un renforcement des équipements et des moyens de la police plutôt qu’à des restructurations incessantes. Il critique également la volonté du président du CPT, Fritz Alphonse Jean, d’activer l’Agence nationale d’intelligence (ANI) alors que les services existants souffrent d’un manque criant de ressources.
« Avant de créer de nouvelles agences, il faut donner les moyens aux unités de renseignement qui existent déjà. Plutôt que de multiplier les structures, les autorités devraient allouer leurs budgets à la lutte effective contre l’insécurité », a-t-il conclu.
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Mèsi pou sa