Le dimanche 27 avril 2025, l’Union des Journalistes du Bas Artibonite (UJBA) a organisé à Saint-Marc une conférence-débat d’une importance capitale sur le thème : « Comment le travail des journalistes peut-il aider à améliorer le climat sécuritaire en Haïti ? » Cet événement, réalisé dans un contexte où la question sécuritaire demeure un enjeu crucial pour la nation haïtienne, a réuni deux intervenants de poids dans la ville de Saint-Marc. Il s’agit de: Monsieur Marc Antoine Aldorphe, PDG de Radio Tête à Tête Saint-Marc et Maître Mardoché Mervilus, substitut du commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Saint-Marc.
À travers des interventions précises et bien articulées, ces deux personnalités ont abordé de manière complémentaire le rôle fondamental des journalistes en période de crise sécuritaire, tout en mettant en lumière les responsabilités légales qui pèsent sur eux. L’appel à la responsabilité professionnelle : intervention de Marc Antoine Aldorphe. Dans son intervention, il a souligné avec insistance l’importance pour les journalistes de faire preuve d’une vigilance accrue dans la diffusion de l’information en cette période troublée. Selon lui, toute imprudence, tout manquement à la rigueur journalistique peut engendrer de graves conséquences pour la population. Il a précisé que : « Les journalistes doivent éviter à tout prix la propagation de fausses informations, car cela peut non seulement désinformer la population, mais aussi accroître la confiance des groupes armés, qui exploitent souvent les rumeurs pour asseoir leur pouvoir et semer davantage la terreur dans la population civile. »
En clair, le journaliste devient un acteur clé soit pour apaiser les tensions, soit s’il agit avec légèreté pour les exacerber. M Marc a également insisté sur le devoir des journalistes de protéger la population, et non de l’enterrer davantage sous le poids de la peur et du chaos. Cet appel à la prudence souligne le rôle éthique et moral du journaliste dans un contexte d’instabilité. Pour cela il a précisé quelque point crucial pour les journalistes en cet moment là, tels que: « Vérification stricte des sources. Abstention de la diffusion de propos non fondés. Éviter de glorifier ou amplifier les actes des criminels. »
D’autre part, le rappel du cadre légal : intervention de Maître Mardoché Mervilus a pris le soin de replacer le débat dans son contexte juridique, rappelant que le métier de journaliste est également encadré par la loi. Il a mis en avant plusieurs articles du Code pénal haïtien qui peuvent entraîner des sanctions pour les journalistes fautifs. L’Article 313 du Code pénal haïtien Cet article dispose : « Tout individu qui, par des discours tenus en public, par des cris ou menaces proférés dans des lieux publics ou assemblées, par des écrits rendus publics, aura incité à la désobéissance aux lois, à la haine entre les citoyens, ou porté atteinte à l’ordre public, sera puni d’un emprisonnement d’un an à trois ans et d’une amende. » Il couvre les incitations à la haine, l’encouragement à violer la loi, ainsi que la perturbation de l’ordre public.
Il s’applique particulièrement aux journalistes qui, volontairement ou non, diffuseraient des propos ou des informations de nature à exacerber la division sociale, favoriser la désobéissance civile, ou semer la panique dans la société. La peine encourue n’est pas seulement symbolique : de un à trois ans de prison, assortie d’une amende dont le montant est fixé par le tribunal.
Ce rappel légal démontre clairement que la liberté d’expression, bien que fondamentale, n’est pas absolue. Elle est encadrée pour préserver l’intérêt général et la sécurité publique et surtout éviter la diffamation et d’autres infraction judiciaire. Il y a d’autres articles du Code pénal haïtien applicables aux journalistes. Outre l’article 313, plusieurs autres articles du Code pénal peuvent être invoqués contre un journaliste défaillant : Article 364 (Diffamation et injures publiques) Cet article punit la publication de fausses accusations ou de propos injurieux contre des individus ou des institutions. Article 363 (Propagation de fausses nouvelles) Cet article réprime la diffusion volontaire de fausses informations susceptibles de troubler l’ordre public. Article 259 (Complicité criminelle) Si un journaliste, par ses propos, facilite la commission d’un crime ou d’un délit, il peut être poursuivi comme complice.
Ainsi, un journaliste qui : Diffuse de fausses informations. Incite à la haine ou à la violence; Perturbe l’ordre public; Porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’autrui par ses propos, s’expose à des peines de prison, allant de 6 mois à 3 ans, des amendes importantes ; Une interdiction d’exercer temporaire ou définitive dans certains cas graves ; Des poursuites en responsabilité civile, pour indemniser les victimes de son comportement.
Le journalisme, une arme à double tranchant. Cette conférence a permis de mettre en lumière le fait que l’information, entre les mains d’un journaliste, est une arme à double tranchant. Bien utilisée, elle éclaire, sensibilise, apaise et renforce la cohésion sociale. Mal utilisée, elle divise, sème la terreur et affaiblit la société. La prudence, la rigueur, et l’éthique professionnelle ne sont donc pas de simples qualités souhaitables : elles sont des exigences absolues, particulièrement en temps de crise sécuritaire.
L’UJBA, à travers cette conférence-débat, a jeté les bases d’une réflexion indispensable : les journalistes doivent s’ériger en boucliers de la population, et non en complices involontaires du chaos. En respectant les règles de déontologie et les prescriptions légales, les journalistes peuvent véritablement contribuer à améliorer le climat sécuritaire en Haïti.
2 réponses
Bon inisyativ
Nice